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Dr ANANFAH : QUE PENSEZ-VOUS DES SOINS PALLIATIFS AU CAMEROUN?

Les soins palliatifs peuvent se donner tant  en ambulatoire qu’en milieu hospitalier, l’essentiel est que le personnel qui les donne soit informé et formé. Il faut qu’il aie les moyens en médicaments, et peut être qu’il faut aussi un cadre réglementaire. Il faut surtout un personnel compétent et compatissant et empathique.
    Avant de faire le point sur la situation des soins palliatifs dans notre environnement, il est bon de proposer une définition de ce que sont les soins palliatifs et ce qu’ils ne sont pas.
  dr nankapDéfinition :
Les soins palliatifs sont des soins actifs délivrés dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave,  incurable, évolutive ou terminale. Les soins palliatifs ont pour mission de soulager la douleur afin d’améliorer la qualité de vie des personnes et comme objectif l’amélioration de la vie du patient par la prise en charge pluridisciplinaire (chirurgie, radiologie etc. Le traitement par exemple de la diarrhée et le traitement de symptômes inconfortables tels que nausées, vomissements, constipation ou encore anxiété sont des composantes essentielles de la phase palliative.

  Dans tous les cas, il faut préserver la dignité de la personne dans l’accompagnement psychologique du malade et de sa famille. Il est  aussi important de prendre en compte l’aspect religieux, spirituel et ou même social. Dans le meilleur des cas, il faut accompagner les proches parents dans le processus de deuil.
 L’approche palliative entre en jeu dès lors que le risque d’investigation et ou de traitement déraisonnable est évident ; ce ne sont  plus les soins palliatifs mais l’acharnement thérapeutique qui n’apporte rien au malade si non que d’ajouter à sa souffrance physique et morale  une autre souffrance financière.

Dieu merci que dans notre environnement l’euthanasie n’est pas dans les mœurs. Peut être que la mondialisation va  nous y conduire et ce sera à mon sens une abomination. Comme suite des soins palliatifs ici et depuis toujours, certains malades ou ses proches émettent le vœu d’aller finir leur  vie dans leur lit au milieu des siens et non dans une chambre anonyme de l’hôpital. Cette demande est très souvent rejetée par nos soignants qui pensent qu’en accédant à la demande du malade ou des proches, serait pris comme un aveu  d’impuissance ou d’échec. Mesurent-ils seulement la profondeur de la frustration ainsi infligée ! cela m’amène à me poser les questions suivantes :
1) aveu d’impuissance parce que le soignant responsable n’est pas capable d’évaluer l’état clinique et psychologique de son patient ,  ce qui peut être excusable lorsque nous savons que souvent, sur le terrain, beaucoup de prestataires n’ont jamais suivi un cours de recyclage , de remise à niveau des connaissances et des compétences. Ils sont restés avec ce qu’ils ont reçu lors de la formation de base dans les écoles de formation.
 2) refusent-ils d’accéder à la requête du malade et des proches parce qu’ils veulent rançonner jusqu’au bout ? Ce qui serait encore plus qu’inhumain et abomination ! Sur plusieurs plans : l’incompétence du personnel, l’absence du cadre réglementaire, méconnaissance de la déontologie et de l’éthique professionnelles.

3) Est-ce que la situation sanitaire de notre pays permet l’organisation des soins palliatifs en un sous programme à l’instar des autres programmes tels que :
•    Maladies transmissibles
•    Maladies non transmissibles
•    Santé de la mère, de l’adolescent et de la personne âgée.
Encore que dans le  volumineux document de stratégie sectorielle de santé édition de 2001, rien n’est dit sur la  prise en charge des malades chroniques et ou incurables. Dans ce document la personne âgée y est mentionnée en terme d’énoncé ni plus ni moins et ceci en une ligne et demi et plus rien. Oublie-ton que la personne âgée est dans la catégorie des personnes fragilisées, et sujets à des affections chroniques et sont les plus gros demandeurs des soins palliatifs ? Oublie t-on que nous serons aussi dans quelques années des grabataires dépendants ?
    Nous sommes encore au stade de la médecine spectacle, une pratique pour épater le profane ; c'est-à-dire les consultations de routine, des soins de routine, et des soins d’urgence qui donnent des résultats immédiats et souvent spectaculaires.  Quand nos soignants sentent ne plus pouvoir rien faire pour le malade, ils démissionnent et laissent le pauvre malade à l’infirmier qui se débrouillera de son mieux et tout seul. C’est pourquoi le personnel médical est si souvent absent au moment où le malade grabataire rend son dernier souffre  dans les bras d’un proche parent. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les proches sortent de l’hôpital avec discrétion (fuite) ou avec fracas question de dire aux infirmiers que maintenant que les malades souffrent trop et que vos remèdes ne marchent pas, nous sortons avec notre malade.

Evolution des soins au Cameroun
Notre pays à l’instar des autres pays Africain colonisés et indépendant suivent à peut près le même parcours dans l’évolution des politiques sanitaires. La période coloniale est marquée par l’exercice d’une médecine mobile dans la lutte des grandes endémies telles que la trypanosomiase. La gratuité des soins dans les dispensaires et hôpitaux ruraux pour les administrateurs coloniaux, militaires, religieuses et accessoirement aux indigènes.

Après la première guerre mondiale, le Cameroun va connaitre une extension du réseau sanitaire vers les zones rurales, la création de l’école de médecine de Dakar pour les médecins africains et l’école paramédicale d’Ayos. La mise sur pied des programmes verticaux mobiles de lutte contre les endémies (paludisme et trypanosomiase).

 Au sortir de la colonisation, notre pays va procéder à l’extension de la couverture des  soins à un réseau des hôpitaux et des centres de santé ruraux, à la formation des ressources humaines par la création d’un centre universitaire de la santé et à la multiplication des centres de formation paramédicale. La création et la construction des grosses structures ; la pratique de la gratitude des soins et l’intensification de la lutte  contre les endémies et épidémies sera maintenue. L’objectif général de cette période dans l’expérimentation des approches de santé communautaires susceptible d’assurer aux populations des soins de santé techniquement valables et en harmonie avec les réalités locales.  Cette phase va aller jusqu’en 1978 avec les  résolutions d’Alma-Ata.
 Le concept de soins de santé primaire est né avec ses huit composantes :
1-    Information pour la santé
2-    La promotion de bonnes conditions alimentaires et nutritionnelles
3-    La protection de la mère et de l’enfant y compris la planification familiale
4-    La vaccination contre les principales maladies de l’enfance
5-    L’approvisionnement en eau potable et l’assainissement de base
6-    La prévention des maladies endémiques
7-    Le traitement des maladies et lésions courantes
8-    La fourniture en médicament essentiels.
Tout ceci à été battu en brèche par les maladies émergentes. Le slogan « santé pour tous en l’an 2000 » est sur les lèvres et dans les médias. Les rencontres de Lusaka (1985), Hararé (1987) et Bamako même année. Toutes les recommandations de ces sommets sont prises en compte au Cameroun en 1989 et c’est en 1992 qu’elles sont officiellement adoptées sous le label de la « réorientation des soins de santé primaires ». Entre temps, le SIDA entre dans la danse, les crises chroniques multiples secouent la planète et font leur lit en Afrique. Les instabilités politiques marquées par les coups d’état  réussis ici et échoués  là n’arrangent pas les choses.
 Les vents de démocraties viennent remettre presque tout en cause. Les villes mortes au Cameroun viennent assener le coup de grâce. Les institutions telles que ; l’UNICEF, l’OMS et d’autres vont voler à la rescousse. Une chose est évidente le constat d’échec de santé pour tous en l’an 2000 est sans appel.
 En 2001, le Cameroun élabore son plan stratégique sectoriel de la santé qui continue à être comme une boussole pour les autorités politiques et administratives  du  pays. Avec des réajustements en fonction des intérêts des bailleurs et des politiques.

Dans cet imbroglio, où insérer la notion de rigueur, d’éthique et de déontologie ?  Dans la foulée naissent ici et là des centres de santé clandestins et la vente illicite de médicaments de toute origine. La santé est devenue plus un fond de  commerce qu’un service humanitaire bien qu’ayant des impacts financiers. La santé n’a pas de prix mais elle a un coût qu’il faut absolument payer.

Mais au-delà de cette vérité, il nous faut d’abord organiser les structures et les systèmes de prises en charge des maladies, il faut redéfinir un certain nombre de concepts et des codes éthiques et déontologiques ce qui me semble malheureusement pas être le cas.
 Depuis l’école de formation où je pressentais déjà qu’une bonne médecine n’est pas possible sans un esprit de sacrifice, un esprit de don de soi et de partage (empathie) je pressentais des risques de dérapage car science sans conscience n’est que ruine de l’âme.
 Si l’homme n’est pas vu comme une valeur sacrée, il n’ya point de médecine mais trafic des vies. Aussi, si nous avons droit à la vie, nous avons aussi droit à la mort, à une mort digne, et la même tendresse que nous avons à l’endroit des nouveau-nés, nous devons accorder la même tendresse aux malades, surtout ceux là qui vont bientôt nous quitter pour toujours.
Dans nos formations sanitaires, les malades meurent dans une souffrance spirituelle atroce parce qu’il n’y a personne ou personne n’a été formée pour s’en occuper. En effet, lorsque sur la base des données scientifiques le soignant estime que le malade est condamné à mourir, il se met sous la peau de l’échec et se comporte comme un impuissant coupable.  Il évite le malade et son entourage. C’est pourtant le moment ultime ou ce pauvre a le plus besoin d’un médecin, du prêtre, ou d’un proche pour l’accompagner et lui apporter une attention particulière. Combien sont-ils de prêtres, de médecins ou infirmiers… au Cameroun qui s’intéressent aux malades des soins palliatifs ?
Comme médecin, je ne me reproche pas quelque chose car j’estime me donner cœur joie et humblement aux soins de tout ceux qui me consultent : mais est-ce suffisant ? Ne pourrais-je pas faire mieux ? (Mth 25. 31-46)
 
 Depuis 1995, j’essaie en tant qu’individu de sensibiliser les gens à la prise de conscience que les personnes âgées ont des droits écrits et non écrits, qu’ils ont droit aux égards  autant que nous en portons à nos enfants et aux nouveau-nés et à la jeunesse. Je me déploie également pour les malades des soins palliatifs, ceux là qui vont bientôt nous quitter. Les centres santé où se pratiquent les soins palliatifs sont très difficiles à trouver. A notre connaissance une seule expérience existe au Cameroun : Le Centre de Santé de Baleng, dans le Diocèse de Bafoussam. Pourtant, ce service à l’endroit des malades de cette catégorie aiderait à respecter cette heure si grave et décisive entre Dieu et le mourant.
« Le sens de notre vie se découvre dans les services que nous rendons à autrui » Dr. Ananfah. Voilà mon crédo et c’est ce crédo qui m’a poussé à m’investir très tôt pour les personnes de troisième âge. Bien que les réussites n’ont pas été à la hauteur de mes sacrifices. Sans me décourager, je continue d’explorer les pistes qui mènent à la sacralisation de la vie quelle que soit sa forme. Médecin praticien de toujours et à l’âge de la maturité je m’engage sur la voie des soins palliatifs qui m’ouvrent un champ de réflexion sur la philosophie qui sous-tend notre pratique médicale au quotidien.
Les soins palliatifs nous donnent aussi l’occasion de nous interroger sur notre propre existence et notre propre fin.
Comment dans le contexte qui est le nôtre innover et être à l’avant-garde du combat pour l’organisation et la gestion des soins palliatifs dans notre environnement ? Jusqu’à quand allons- nous subir et non anticiper  sur le cours des événements? Il est bien possible d’organiser ici est là des petites unités de soins palliatifs, de s’y donner pleinement tout en menant la réflexion sur son développement et son cadrage pour éviter les dérapages déjà évoqués plu haut. De tout temps et en tout lieu il ya eu des pionniers, des incompris qui ont donné de leur vie pour anticiper sur le cours des événements. Des gens qui ont eu le courage d’essayer quand tous les autres étaient occupés à s’échiner pour la survie.
Dr Ananfah, médecin,
•    Clinicien et chargé de cours de sémiologie à l’université des montagnes,
•    Ancien directeur des hôpitaux publics
•    Ancien coordinateur du service diocésain de la santé/ diocèse de Nkongsamba,
•    Ancien resp.de la cabane de Jethro (pour l’épanouissement des personnes âgées)
•    Responsable du centre médical ANANFAH MEDICAL CENTER (AMC).
•    Tel : +237 33023551 ,77714877 et +237 33493787. NKONGSAMBA.

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