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UN DETENU MEURT EN CELLULE FAUTE DE SOINS APPROPRIES

Grièvement blessé par un autre détenu, Gilbert Etima, 23 ans, a succombé à une "infection crânienne". Les responsables pénitentiaires ont refusé son transfert dans un hôpital spécialisé. En violation des règles minima.   

Assise sur un banc de fortune devant le premier poste d’identification de la prison centrale de Douala, Bernadette Ngolibia est pensive, ce jeudi de décembre. Voilà presque deux heures d’horloge qu’elle attend d’être reçue par le régisseur et c’est à peine si elle se rend compte du temps qui passe. Elle attend avec trois autres membres de la famille qu’on leur délivre le certificat de genre de mort de son fils, Gilbert Etima, âgé de 23 ans et décédé la nuit précédente dans l’enceinte pénitentiaire.

Prison de Yaounde1

Une Prison  au Cameroun.

Le document permettra en effet à la famille de se faire une idée précise sur le mal dont leur proche a souffert pendant trois semaines, et peut-être aussi sur les circonstances de son décès.    

Gilbert Etima a été grièvement blessé lors d’une "bagarre" avec un autre détenu. Sa mère dit n’en avoir été informée que deux semaines après. Accourue à la prison ce 26 novembre-là, Bernadette Ngolibia trouve le garçon mal en point, avec une grande blessure sur le crâne. "Ce dimanche-là, j’ai passé toute la journée à l’infirmerie de la prison avec Gilbert, qui ne parlait pas. Le médecin a prescrit des médicaments que j’ai achetés", affirme la femme, en nous brandissant l’ordonnance médicale. Le médecin a prescrit 20 comprimés de paracétamol 500 mg, 15 comprimés de Diclofenac 500 mg, une boîte de Saf 150 et 30 gélules de Cloxacilline 500 mg. Mme Ngolibia a en outre acheté un anti-tétanos, qui n’a été administré au malade que trois jours après.     

 

                                                        Soins inappropriés

Or, de l’avis d’un expert de la santé pénitentiaire, le paracétamol et le cloxacilline font partie des "médicaments de première intention". Ils sont prescrits pour les soins élémentaires, comme "chasser un abcès" par exemple. "Dans le cas de Gilbert, il aurait fallu un traitement choc. Cela consiste d’abord à faire une radio pour savoir s’il a un traumatisme crânien". Dans ce cas, poursuit-il, le médecin est généralement tenu d’écrire au ministre, via le délégué régional de l’Administration pénitentiaire, pour demander un scanner qui renseignera sur la nature et la gravité du choc. Ensuite, le malade est mis sous traitement antibiotique (l’Ofloxcin) suivi de pansements réguliers. Selon notre source, ces médicaments spécialisés ne sont pas constamment disponibles à l’infirmerie de la prison de New-Bell. On comprend donc que, faute de mieux, Gilbert se soit contenté des "médicaments de première intention" qui lui ont été prescrits.

Les règles minima sur la détention prévoient une alternative pour pallier ces insuffisances. Elles disposent, en leur alinéa 2 (règle 22), que "pour les malades qui ont besoin de soins spéciaux, il faut prévoir le transfert vers des établissements pénitentiaires spécialisés ou vers des hôpitaux civils". Or, la mère de Gilbert dit avoir sollicité le transfert de son fils à l’hôpital Laquintinie, en vain. "J’ai même demandé qu’on affecte un policier pour l’escorter à l’hôpital, ils ont refusé", s’emporte-t-elle. Pour le régisseur de la prison de New-Bell, Dieudonné Engonga Mintsang, il n’y avait pas urgence à transférer le malade. "Il était suivi au niveau de l’infirmerie. Il y a été reçu deux à trois fois, et c’est lorsque le cas s’est avéré grave que son transfert a été autorisé", tente-t-il de se justifier.

 

                                                        La nuit dans les toilettes

Cette autorisation administrative intervient, hélas, trop tard. Le 05 décembre aux environs de 19h, Gilbert est retrouvé "agonisant" dans les toilettes. Il rend l’âme pendant qu’on l’amène à l’infirmerie. Selon un de ses camarades de la cellule 11, faute de mieux, Gilbert avait coutume de dormir dans les toilettes, comme du reste la plupart des autres détenus très démunis. Ces "pingouins" évitent ainsi le surpeuplement des cellules qui comptent parfois jusqu’à 200 pensionnaires et étouffent de chaleur dans la nuit. Dans cet univers de la précarité et de la promiscuité, les moindres incompréhensions débouchent sur des actes de violence. Gilbert Etima en a fait les frais. Interpellé sept mois plus tôt en possession de la drogue, ce prévenu attendait pourtant son verdict le dimanche de la semaine où il est passé de vie à trépas. Ce verdict, il l’aura outre-tombe.

Théodore Tchopa (JADE)

Les articles sont produits avec l'aide financière de l'Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l'Union Européenne.

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