La Raffinerie aux Deux Visages : Le Projet CSTAR entre Promesse et Ombres de Famille
Vous rappelez-vous de l'odeur de l'essence à la pompe il y a dix ans ? Du bruit des unités de raffinage à Limbe ? Beaucoup de Camerounais, surtout dans le Sud-Ouest, le savent : la SONARA n'était pas qu'une usine, c'était un poumon économique. Depuis l'incendie de 2019, ce poumon est en respirateur artificiel, et le pays, riche en pétrole, dépense des fortunes pour importer ce qu'il pourrait produire. La douleur est dans le portefeuille de chaque conducteur, de chaque camerounais et camerounaise.
Alors, quand l'État annonce un nouveau projet, CSTAR, pour « retrouver notre souveraineté énergétique », on veut y croire. On imagine les emplois qui reviennent, l'essence qui baisse, la fierté de faire les choses nous-mêmes. Mais à mesure que les détails filtrent, un autre sentiment, plus froid, s'installe : la méfiance. Et si cette belle promesse cachait un vieux démon camerounais : l'opacité ?
Une Histoire de Famille qui Dérange
Commençons par une image simple, de celles qu'on comprend autour d'un njangi. Imaginez que le quartier confie une caisse commune, énorme, à un frère pour qu'il achète un moulin à grain communautaire. Plutôt que de lancer un appel aux bons meuniers, ce frère charge directement son épouse de gérer l'achat et la future gestion du moulin. Personne d'autre n'a son mot à dire sur le prix, le choix du modèle, ou les comptes. Le quartier aurait-il confiance ? Crierait-il au favoritisme ? C'est exactement le cœur du problème avec CSTAR.
La présidente qui dirige ce projet stratégique de milliards est Mme N.Le principal financeur public est la SNH, dirigée par son Sugar Dady. C’est un conflit d'intérêts si flagrant qu'il en devient presque gênant à expliquer. On ne mélange pas l'argent de la famille et l'argent de la nation. C'est la première règle de toute gestion saine. Ici, non seulement on les mélange, mais on demande au pays de faire confiance les yeux fermés. Le silence des autorités sur cette question précise est assourdissant. C'est ce silence qui nourrit tous les soupçons.
L'Argent du Pétrole Prend un Billet pour Dubaï
Maintenant, suivons l'argent. Notre pétrole coule sous notre sol. L'argent de sa vente devrait couler dans nos écoles, nos routes, nos hôpitaux. Mais pour le projet CSTAR, une partie de cet argent fait un détour... par les sables de Dubaï.
La société qui pilote le projet n'a pas été créée à Douala ou à Yaoundé. Non, elle a vu le jour dans une offshore company à Dubaï, un endroit célèbre pour le soleil, les gratte-ciel et... la discrétion absolue sur les affaires financières. Pourquoi là-bas ? Les raisons officielles parlent de « normes internationales ». Mais dans la langue de tous les jours, ça veut dire : il sera beaucoup, beaucoup plus difficile pour les Camerounais de savoir qui gagne vraiment quoi, où passe chaque franc, et qui sont les véritables bénéficiaires derrière les sociétés-écrans.
C'est comme si, pour construire une maison familiale, on décidait de confier tout le budget à un cousin lointain installé à l'étranger, qui enverrait les matériaux sans jamais montrer les factures. L'intention peut être bonne, mais le risque de se faire flouer est énorme. Quand on nous parle de « souveraineté », on s'attend à ce que les commandes restent chez nous, pas qu'elles partent dans un paradis fiscal.
La Peur du Double Investissement Inutile
Et puis, il y a cette question qui taraude tout bon gestionnaire de ménage : n'est-ce pas un gaspillage ? Dans la tête de beaucoup de Camerounais, la logique est simple. Nous avons une maison qui a brûlé, la SONARA. Elle peut être réparée, agrandie, modernisée. Cela coûtera très cher, c'est vrai. Mais à côté, l'État lance la construction d'une nouvelle maison, plus petite, le CSTAR. Cela coûtera aussi très cher.
Le bon sens demande : « Pourquoi ne pas mettre tout cet argent ensemble pour reconstruire une seule maison, mais immense, solide et performante ? » Avoir deux raffineries moyennes qui se font concurrence, c'est le risque de n'en avoir aucune qui ne tourne à plein régime, de diluer les compétences, et de payer deux fois les frais de gestion. C'est une stratégie qui fait hausser les sourcils à tout économiste. L'argent du pétrole n'est pas infini. Chaque franc gaspillé dans un projet douteux, c'est une salle de classe ou un kilomètre de route en moins.
Notre Devoir à Tous : Exiger la Clarté
Alors, que faire ? Baisser les bras et se dire « c'est comme ça » ? Non. L'histoire nous a appris que la passivité coûte toujours plus cher.
Nous, citoyens, avons le droit et le devoir de demander :
· De la lumière : Une enquête parlementaire publique et transparente sur ce projet. Que ceux qui l'ont conçu viennent l'expliquer devant les représentants du peuple.
· Des comptes : La publication des vrais contrats. Qui signe avec qui ? À quels prix ? Quels sont les risques pour les finances publiques ?
· De la morale : La régularisation immédiate de la situation de conflit d'intérêts. La confiance exige de la probité.
· Du bon sens : Une étude indépendante pour comparer sérieusement l'option « tout pour la SONARA » et l'option « CSTAR + SONARA ».
La Confiance, un Carburant Trop Rare
Le Cameroun a un besoin criant de confiance. Confiance en l'avenir, confiance en ses dirigeants, confiance en la justice. Un projet comme CSTAR, né dans l'ombre d'un conflit d'intérêts privés et géré depuis l'étranger, consomme les dernières réserves de cette confiance.
Nous ne demandons pas la lune. Nous demandons que l'immense richesse que Dieu a mise sous notre terre profite enfin à tous les fils et filles de ce pays, de manière transparente et juste. Le projet CSTAR peut peut-être devenir une partie de la solution, mais seulement s'il sort de l'ombre et affronte la lumière crue du débat public et de l'intérêt général. L'avenir énergétique du Cameroun est trop important pour être traité en affaire de famille ou de copains.
Et vous, que ressentez-vous face à ce projet ? Espoir ? Colère ? Indifférence ? Partagez votre sentiment, car l'opinion publique est la première puissance d'un pays.
Ralph T./CP